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Lot 95 - ARMOIRE AUX GRUES - Par Thomas HACHE

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ARMOIRE AUX GRUES
Par Thomas HACHE (28 novembre 1664 - 13 mars 1747)
Réalisée à Chambéry, entre 1690-1695
Matériaux : Fonds en sapin, placage et ronce de noyer, scagliola bleue et bois clair
H. 209,3 cm, L. 140 cm, P. 56,4 cm
Restaurations d'usage et d'entretien, pied central remplacé. Certificat de Madame Françoise Rouge en date du 22 novembre 2011



Cette magnifique et rare armoire aux lignes droites ouvre par deux vantaux ornés d'un très riche décor en marqueterie composé de six médaillons aux formes chantournées. Chaque vantail s'agrémente de fleurs au naturel dans des vases, de rinceaux feuillagés ornés de scagiola bleue, de Renommées, de draperies, de guirlandes de fleurs et de lierre sur un fond de noyer teinté.

Ces trois cartouches sont réunis par de larges filets sur contrefond de ronce de noyer et de noyer en fil.
Une frise de petits motifs trilobés en bois clair et sombre, motif repris sur le dormant du vantail droit les encadre.

La corniche est marquetée en façade d'une frise avec au centre.
Un monogramme surmonté d'une couronne de fleurs, flanqué de sphinges dans des rinceaux feuillagés, des vases couverts et des lampes à huile. Aux angles de la corniche apparaît une grue, symbole profane de vigilance, tenant un caillou dans sa patte levée dans une réserve rectangulaire. Selon Aristote, dans l'Historia Animalium, lorsque l'échassier s'endort, la pierre tombe et le réveille, ce qui le maintient constamment en alerte.

Elle est soulignée d'une frise de petits dés teintés alternativement en clair et sombre.

Les faces latérales de l'armoire sont plaquées de noyer dans des réserves rectangulaires délimitées par une frise de motifs trilobés en bois clair et sombre.
Une double serrure découvre l'intérieur aux vantaux plaqués également de noyer et des filets de bois clair formant deux réserves rectangulaires.

Elle repose sur six pieds boules.
Ce meuble d'une grande richesse est une réalisation de Thomas Hache, ébéniste grenoblois, fils aîné de Noël Hache, fondateur de la dynastie. D'après certaines hypothèses, Noël Hache aurait exprimé le voeu que son fils entre en apprentissage chez le meilleur ébéniste parisien de l'époque, Pierre Gole (1620-1685).
Aucun document, connu à ce jour, n'atteste de lien entre les deux hommes. Cependant, compte tenu de la grande qualité des décors et des

Références iconographiques très nettes, il n'est pas impossible que Thomas ait fréquenté l'atelier de Pierre Gole, tout comme il eut connaissance des créations d'André Charles Boulle. Après une formation auprès de son beau-père, il part en apprentissage en 1683, à Toulouse, à Paris et à Chambéry entre 1689 et 1693 avant de s'installer à Grenoble où il devient Maître en 1701.

Notre armoire se situe lors de son séjour à Chambéry, Etat gouverné par le Duc de Savoie, Victor Amédée II (1680-1730), au carrefour de l'Italie, de la Suisse et de la France. Madame Françoise Rouge, dans son ouvrage consacré à la Famille Hache, en inventorie quatorze modèles réalisés durant cette période.

Le nôtre témoigne de toutes les influences que subit Thomas comme le décor si particulier de la scagliola, technique italienne destinée à imiter à moindre frais les effets décoratifs de la marqueterie de pierres dures. Obtenue à partir de sélénite, minerai composé de cristaux ressemblant à des écailles transparentes (scagli en italien), la pâte colorée est incorporée aux cavités laissées entre les éléments du placage.

Cette utilisation fut très rare en France.
Un coffre orné d'un blason aux armes de Claude Petit, Secrétaire du Roi, présente ce décor de scagliola (fig. 1).
Réalisé en 1695-1700 à Grenoble, lors de son apprentissage dans l'atelier de Michel Chevallier, la présence de cette technique a permis de faire un lien avec les armoires qu'il exécuta durant son séjour à Chambéry.

L'ornementation de marqueterie de fleurs, dites peintures en bois, s'inspirant des œuvres de Jean-Baptiste Monnoyer (1635-1699) fournit aux ébénistes parisiens, dont Pierre Gole, les modèles de fleurs traitées au naturel. Arabesques, Renommées, feuillages, lambrequins et feuilles d'acanthe déchiquetées proviennent du répertoire d'André-Charles Boulle (1642-1732) puisé lui-même dans les recueils d'ornemanistes comme Paul Androuet du Cerceau (1630-1710) ou Jean 1er Bérain (1640-1711). Amalgamant les influences, Thomas Hache affiche une explosion de couleurs et de motifs d'une richesse exubérante sur les vantaux des armoires qu'il réalisa pour une clientèle de hauts dignitaires locaux. Chaque meuble présente une particularité iconographique qui en fait une pièce unique. Fantassins, hypogriffes, hommes sauvages s'intègrent dans des compositions qui paraissent à première vue similaires mais qui, après examen, dénotent de la grande complexité des motifs employés et permet une distinction de chaque modèle. Ainsi, l'armoire aux Armes de Savoie (fig. 3) présente ce même compartimentage décoratif, ces bouquets au naturel et ce foisonnement ornemental que l'on retrouve de manière permanente sur les oeuvres de Thomas Hache.
Deux grues sont présentes aux extrémités de la corniche, tout comme notre modèle.

Les différences tiennent de la forme du bâti à tiroir inférieur et de la présence d'un blason sur fond de nacre.

Références bibliographiques Pierre Rouge et Françoise Rouge, Le Génie des Hache, éd. Faton, Dijon, 2005.

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